Bienvenue à Coffeyville, Kansas. Cette fois ci le guide de voyage ne nous a pas beaucoup aidé, plutôt google, lorsqu’on lui a demandé de nous trouver un bon vieux rodéo sur notre route.

La Kansas, on te demande d’office “Mais pourquoi tu vas dans ce coin la? Il n’y a rien à voir. Tu peux conduire pendant 12h d’affilée sur une route toute droite, à traverser des champs de maïs”, et il faut bien le dire, c’est plutôt vrai. C’est tout plat, il n’y a pas grand monde, et il y a effectivement beaucoup de maïs. Mais on se dit, il doit bien y avoir quelque chose, ici, des gens vivent, qu’est ce qu’ils font quand ils veulent se distraire?

Donc voila, ils montent sur des chevaux et des taureaux qui sautent dans tous les sens, et essayent de rester dessus. Pourquoi pas, les Ecossais se balancent bien des troncs d’arbres quand ils s’ennuient.

Le rodéo, donc. Un sport assez turbulent et assez impressionnant à voir. Les gens ne s’y trompent pas d’ailleurs, et viennent de plusieurs villes environnantes pour assister à celui de Coffeyville. D’autant qu’à coté du spectacle, il y a une petite fête forraine, des marchands de chapeaux, des barbecues qui grillent, c’est sympa. Mais bon, le rodéo, ça a quand même un coté un peu dérangeant. Le tout premier, c’est quand on comprend pourquoi le taureau est énervé. C’est pas automatique. Le principe du rodéo, c’est d’enfermer un animal relativement paisible dans une cage, lui enlacer les testicules avec une corde bien serrée, lui mettre des taquets dans les flancs, poser un cowboy dessus et roulez jeunesse. Quelques secondes de rodéo, le cavalier fini par tomber, puis des clowns débarquent sur la piste, se cachent dans les lices, et continuent à jouer/harceler l’animal, pour la forme.

Donc ça pose question. D’autant qu’on pourrait se dire “Roh mais bon, les taureaux sont bien contents de se défouler, quand même” mais la réalité c’est plutôt que dés que le taureau est libre, et que les clowns commencent à le faire chier, il cherche la sortie. Beaucoup se plantent devant la grille, en attendant qu’enfin on les libère de l’arène.

Et puis le deuxième truc dérangeant, ce sont les commentaires du présentateur du rodéo. Pas tellement son discours conservateur empreint de bigoterie et de rejet du gouvernement fédéral, en soit, c’est plutôt folklorique. Non, ce sont les statistiques effrayantes qu’il aligne à propos des cavaliers. Untel qui s’est déjà cassé deux fois la clavicule, tel autre qui est de retour pour la première fois depuis sa chute de l’année dernière, ou encore celui ci qui s’est remis depuis deux mois d’un traumatisme crânien sévère. Outre des animaux que l’on traite de façon douteuse, le rodéo, ce sont aussi de jeunes hommes qui se cassent en 4 pour le bon plaisir des spectateurs. Mais bon. C’est intéressant à voir, et une coutume pas nécessairement plus bête qu’une autre, me direz vous.

La bonne surprise de notre traversée du Kansas aura été au coin d’un champ. Ou plutôt dans un champ qui long la route, dans lequel on voit se dresser des personnages de feraille rouillée, fait de vieilles pièces de machines agricoles. Certains bougent avec le vent, d’autres sont fixes, beaucoup ont des panneaux avec des phrases à rebrousse poil de la bigoterie dans laquelle baigne la région. Mention spéciale à “Religion is like a penis: it’s ok to be proud of it, but not to wave it around in public”. L’arrêt s’impose, pour découvrir le créateur de ces créatures. Et on tombe sur MT Ligget, un vieux monsieur qui passe son temps à faire de l’art naïf. Son atelier ressemble un peu à une décharge, sauf que tout semble être sur le point d’être utilisé. D’ailleurs, MT n’a pas trop de temps pour nous: il prépare une pièce pour une association proche d’ici, et il a besoin qu’on lui écrive quelques mots en Français. Des insultes, évidemment, dont il est difficile de se souvenir ici. Bons moments partagés. Et évidemment, on lui demande son avis sur ce que c’est que la liberté.

(C’était l’été dernier, aux Etats Unis, nous étions deux, et cette étape est racontée par Henri. Le premier épisode ici )

 

Music, Burgers & Freedom #8 – Kansas Rodéo