Le Kansas. Ses longues routes interminables et ses vaches. On nous avait dit que ça vallait pas trop le coup, qu’il y avait pas grand chose à voir là-bas. L’état ne compte que 13 habitants/ km carré et la ville la plus peuplée, Wichita, ne compte que 368 000 habitants. Un état vide, une zone de passage, aménagée dans ce but, par les premiers européens chevauchant vers l’ouest. En plus du fait que c’était sur notre route, on s’est dit que ça pouvait quand même être cool à voir, un endroit où il y a pas grand chose à voir.

Alors nous avons commencé la longue traversée, sur fond de Mumford and Sons, les fenêtres grandes ouvertes, un grand vent de liberté et un soleil couchant. On avait fait quelques demandes de Couchsurfing pour faire une halte, et avons reçu une réponse de Beverly, femme d’une cinquantaine d’années, vivant avec ses 2 filles dans un petit village, perdu au milieu des champs de maïs, appelé Pretty Prairie. 680 habitants, une école, et quelques maisons.

Pour être honnête, j’avais certains préjugés concernant les habitants de cet Etat, en partie à cause des Américains eux mêmes. Que ce soit à New York, à Chicago, et même à Nashville, tous étaient plus ou moins d’accord pour dire qu’au Kansas, les gens étaient tellement isolés qu’ils en devenaient fermés d’esprit, casaniers, et même parfois un peu fous. Des commerçants rencontrés sur la route nous ont même raconté qu’il y avait des enlèvements de touristes de temps en temps, et qu’on ne savait pas trop ce qu’ils devenaient après. C’est fou comme certaines légendes peuvent se transformer en généralités. Alors évidemment, comme toujours j’ai attendu de voir avant de croire, et j’ai bien fait.

Ce dont je ne me doutais pas, c’est l’accueil qu’on nous avait réservé : Beverly nous a préparé un week-end sur mesure, avec randonnée à cheval, petit concert le soir, visite de la ville la plus proche (Hutchinson), et bons repas. Au fur et à mesure, elle a su nous intégrer dans la famille, en nous laissant notre propre place, si bien qu’à la fin, nous faisions vraiment partie du foyer.

Beverly's house

Beverly a divorcé il y a quelques années, et a maintenant un copain, Mark. Mark est aussi du coin, et possède une agence de location de machines agricoles. Cet homme était passionné de tracteurs, mais aussi de sa Harley Davidson, sur laquelle on a eu la chance de faire un tour chacun notre tour. Quand on a demandé un volontaire pour répondre à notre question “What does Freedom mean to you ? “, Mark était content de nous donner sa définition de la liberté, qui pour lui est essentielle. Après l’avoir filmé, nous avons eu toute une discussion avec lui sur la différence entre la France et les Etats-unis en terme de libertés individuelles. Lui aussi avait certains préjugés sur l’Europe, et était persuadé qu’en France, les gens étaient constamment censurés lorsqu’ils voulaient s’exprimer.

Pour notre dernière soirée, j’ai tenu à remercier cette jolie famille pour leur accueil en leur chantant “Gone”, posées dans leur salon, avec le chien et tout et tout.

Le lendemain matin, Beverly est venue me voir, après avoir écouté mes autres compositions du internet. Un peu gênée, elle m’a demandé si l’histoire de Lilysleep était vraie. Elle m’a dit avoir été très peinée d’apprendre qu’en plus d’avoir perdu mon père, j’avais aussi perdu une petite fille ! Je l’ai rassurée, et je me suis dit que c’était quand même stylé qu’elle y ait cru, ça veut dire que l’interprétation est juste 🙂

(C’était l’été dernier, aux Etats Unis, nous étions deux, et cette étape est racontée par Victoire. Le premier épisode ici )

 

Music, Burgers & Freedom #9 – Pretty Prairie