Bon c’est un peu difficile d’écrire à propos de Burning Man. C’est assez drôle, d’ailleurs, car vous pouvez lire des dizaines d’articles à propos de ce festival, qui seront tous différents, avec leur propre vision des choses; mais tous écriront que c’est difficile d’en parler correctement.

Burning Man est un festival d’art expérimental d’un semaine, fin aout, qui se déroule dans le désert de Black Rock, dans le Nevada. La vallée est inhabitée le reste de l’année, et se peuple de plusieurs dizaines milliers de personnes pendant une semaine, qui construisent une ville éphémère au coeur du rien. L’ADN du festival est résumée par les 10 principes, que vous pouvez retrouver ici.

  • L’inclusion radicale. Le festival est ouvert à tous, et n’importe qui peut faire partie de cette communauté sans restriction aucune.
  • Le don. Burning Man n’est pas basée sur le troc, comme on l’entend parfois, mais sur le don entre participants. Donner, quelque part c’est exister, et les participants sont inviter à expérimenter ce mode d’expression, très fort. Nous, on avait décidé d’amener de quoi offrir des bulles de savon, vecteur universel de bonnes ondes

  • La démarchandisation. Sans être anti commerce, la communauté refuse la commercialisation à outrance de ses valeurs et de sa culture, et pousse ses membres à la participation plus qu’à la consommation.
  • L’autonomie. Chacun est responsable de soi, et Burning Man encourage les participants à se dépasser en comptant sur leurs propres ressources et forces uniquement.
  • L’expression personnelle. S’exprimer, sous quelque forme que ce soit, est un acte unique, un don aux autres de soi et de sa personne. Personne ne peut juger ou contrôler cette manière d’être. Dans le même esprit, chacun est libre d’écouter ou non, d’être d’accord ou non, avec l’expression des autres.
  • L’effort communautaire. Burning Man encourage l’effort de groupe et la collaboration entre individus et groupes, ainsi que tout réseau social, structure publique ou social encourageant cette démarche.
  • La responsabilité. Les organisateurs de tout événement sont responsables des conséquences de leurs entreprises et doivent se conformer aux lois et réglementations en vigueur.
  • Ne pas laisser de trace. Avant le festival, le désert est désert. Après le festival, le désert reste désert. Il ne reste rien, pas une tente, pas un mégot, pas une feuille de salade au sol. Ce point est pris très au sérieux par l’ensemble des participants tout au long du festival.
  • Participer. A Burning Man, il n’y a pas de spectateurs, uniquement des participants. Chacun est appelé à vivre l’événement pleinement en étant, tout simplement.
  • Spontanéité. Un des points les plus essentiels de l’esprit du festival. La spontanéité dans les actions, la parole et la relation aux autres permet de vivre cette expérience de façon pleine et entière.

Il est difficile de se faire une idée précise du festival au travers de ces principes avant de partir, et en rétrospective, ils sont pourtant l’essence même du festival. Une des spécificités du festival est notamment que l’argent n’a pas court pendant une semaine. Chacun est responsable d’amener ses provisions d’eau et de nouriture, de quoi dormir, de quoi donner, de quoi organiser des événements pendant la semaine.

Après plusieurs semaines sur la route à traverser les Etats Unis, à découvrir les paysages, les gens et les façons d’être, Burning Man est arrivé comme une évidence dans notre voyage. Burning Man, c’était pour nous une expérience. L’expérience de vivre une semaine en mettant complètement le quotidien de coté: en préparant son voyage avec notamment nourriture, eau et tente, on mets totalement de coté les questions essentielles de la vie quotidiennes, les courses, gagner de quoi les acheter, notamment. Burning Man, c’était pour nous une semaine totalement libre, ou tout était possible. La diversité des 50 000 personnes présentes et de leurs conversations, de leurs talents, de leurs ateliers, de leurs oeuvres d’arts, permettent de vivre absolument ce qu’on l’on veut. C’est ce qui frappe la bas: chacun y viens avec un objectif propre, ou avec ses gouts propres, et on retrouve l’ensemble du spectre des activités humaines dans toute sa force et tous ses contrastes. On trouve des discothéques géantes ouvertes à toute heure du jour et de la nuit, des ring pour faire des batailles de polochons, des ateliers de yoga, des concerts de métal, des concerts de hip hop, des gens déguisés en poney, des gens tous nus, des gens sur des échasses de 2m de haut, des véhicules de 10 mètres de long en forme de requins, des tentes à orgies, un aéroport et des gens qui sautent en parachute, des familles avec leurs enfants, des couples de sexagénaires, des alcoliques, des abstinents, un cinéma caché au milieu du désert.

Tout ça parait absurde, démesuré par écrit, et c’est pourtant ce qui frappe aussi en arrivant la bas, la démesure. Des structures énormes, des projets demandant des mois de travail.

Et le sourire des gens. En préparant notre départ, un youtubeur nous avait dit dans une vidéo quelque chose de très vrai “Burning Man regroupe la plus grosse concentration de gens beaux que j’ai vu de ma vie. Non pas pour leur taille, leur couleur de peau, leur régime ou leurs vétements, mais pour le fait qu’ils sont eux mêmes, pleinement. Les gens rayonnent de cet aura pleine et entière.”

C’est sans doute ça ce que je retiendrais de cette semaine dans le désert. Pour moi, Burning man pose la question “Tu as une semaine. Tu es libre. Qu’est ce que tu vas faire?”. Burning Man efface tous les interdits sociaux, et pose la question intéressante “Qu’est ce qui est interdit et que j’ai envie de faire? Qu’est ce qui est autorisé, mais que je n’ai pas envie de faire?”, ce qui permet de trouver, dans nos actions du quotidien, ce qui tiens de l’interdit social, et ce qui tiens de la volonté personnel. Un voyage vers soi, en quelque sorte. Burning Man redéfinit le sens du mot “Faire” en otant complétement la notion de “faire machinalement ou par défaut”. “Faire”, à Burning Man, c’est “faire un choix conscient et personnel, entier”. Cette redéfinition pousse à se dépasser, à se demander ce qu’on a réellement envie de faire de sa journée, et à passer de spectateur, à participant. C’est selon moi ce qui pousse de nombreuses personnes à entreprendre des choses aussi grandes, belles et folles cette semaine la. “Burning Man, c’est une toile blanche pour l’imagination de chacun”.

J’aurais encore plein, plein de choses à écrire sur cet endroit. Je vais conclure en rappelant ce que j’ai dit au début: A Burning Man, il y a 60 000 personnes, et autant de façon de vivre l’expérience. On entend souvent parler après le festival des “excés” du festival, c’est à dire des comportements qui choquent, ou plutôt, des comportements qui font vendre du papier. Je vous conseille de dépasser cette première impression; je viens d’ailleurs de lire cet article qui élabore sur ce sujet encore un peu plus.

(C’était l’été dernier, aux Etats Unis, nous étions deux, et cette étape est racontée par Henri. Le premier épisode ici )

 

Music, Burgers & Freedom #15 – Burning Man