Comme point d’orgue de ce voyage, on n’aurait pas pu faire mieux.

Après avoir passé deux semaines à découvrir les Etats-unis, à s’être nourris de toutes ces personnalités plus différentes les unes que les autres, vu toutes sortes de paysages, rencontré des cow-boys, des hippies et des Amishs, traversé la Vallée de la mort, nous sommes rentrés à la maison.

Pas en France, non, celle qui n’existe qu’une fois pas an, en Septembre, dans le désert du Nevada. Le Burning Man. Une Maison avec un grand M, un foyer de 50 000 personnes, dans le désert.

” Welcome home ! ” , “Bienvenue à la maison !”c’est ce que tout le monde vous dit systématiquement, quand vous arrivez sur la “Playa”. Alors au début on se dit ” Wow, tranquille, je viens d’arriver, laisse moi installer ma tente d’abord” et vite, on se pose la question, ” Comment est ce que je peux me sentir à la maison, ici, en plein désert, avec tous ces inconnus ? ”

Alors on commence doucement. On pose sa tente, dit bonjour aux copains de son camp, fait les premières rencontres. Notre camp à nous, c’était une association qui avait apporté deux tonnes de fruits et légumes bios, et les distribuait à qui voulait. Parce qu’ici, le concept, c’est le don. Chacun donne ce qu’il a envie de donner ou d’apprendre aux autres. Ce n’est pas du troc, mais du don gratuit, à la communauté. Certains donnent les mojitos, d’autres racontent des histoires. Certains donnent des glaces, et d’autres proposent des douches collectives à qui veut. Le tout est de savoir ce que soi-même, on a envie de donner, juste pour le kiff de partager.

Bref, le premier jour, on découvre ce joyeux bordel, et on reste bloqué sur certaines constructions gigantesques, ou complètement tarées qui pullulent sur cette énorme plage sans eau.IMG_4032 - copie

On circule avec son vélo, entre les tentes et les oeuvres d’art plus folles les unes que les autres. Certaines sont juste impressionnantes, d’autres peuvent se visiter, et même s’expérimenter.

Ici, le temps est différent. Pas de programme précis, on va en vélo de rencontre en rencontre, de bar-hippopotame en tente-où-l’on-raconte-des-histoires, de tour-canard géant-à-crête en haut de laquelle on découvre un magnifique point de vue, en concert de piano improvisé dans une église en bois construite pour l’occasion.

Et on commence à le ressentir, ce sentiment si familier, mais aussi très enfoui en nous : Cette liberté de se laisser porter par ses envies du moment, sans se soucier ni de l’heure, ni d’un rendez-vous, ni d’une personne à appeler, ni de rien, en fait. Ici, il faut juste être là, et découvrir, comme un enfant déambulant dans un nouveau parc à jouets gigantesque.

Puis, sans vraiment prévenir, la nuit arrive et nous rappelle un peu à la raison. Chacun allume sa lumière sur son déguisement ou son vélo, si vous n’avez pas de lumière, les gens autour vont d’empresser de vous en donner une, ou de vous indiquer le coin où on vous en donnera.

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Alors là ça devient réellement magique. Des lumières multicolores de partout, et les oeuvres d’art qu’on avait découvert le jour prennent toutes une autre vie… On monte dans la première voiture-requin-bar qui passe, bien armé de son gobelet, pour être en mesure d’accepter tous les moments où on vous offrira à boire 🙂

A la fin de la soirée, qui sait où vous finirez. Peut être dans un tas de peluches, ou dans un cinéma perdu au milieu de rien, à regarder un vieux film en noir et blanc, ou encore dans le canapé d’un autre camp, à déguster un hot-dog que votre hôte vous aura gentiment proposé 2 sc après vous avoir rencontré. Et ainsi de suite, pendant 7 jours.

Plus les jours passent, plus on se sent en confiance. On se rend petit à petit compte que le jugement des autres est complètement absent. On est accueilli, gratuitement. On commence à oser les choses qu’on ne ferait que tout seul devant son miroir, et encore. Danser le plus librement possible, improviser une chanson avec un groupe qui joue, là, s’habiller en princesse ou en pingouin, ou pas du tout, sauter dans une piscine à boule (parce qu’ici, tout le monde peut y aller), demander une chanson accapella à un mec qu’on connait pas :

Bref, se sentir libre, vivant, heureux ou malheureux, accueilli de toute façon.

Inutile de dire que partager mes chansons dans cette ambiance a été pour moi un grand moment.

Il y a beaucoup de choses à raconter sur le Burning man. Mais il y a aussi beaucoup de choses qu’on ne peut pas raconter. Des moments de jubilation, comme des moments de recueillement, des moments où on pense à soi, mais aussi des moments où on pense aux autres, à tous les autres.

C’est vrai qu’être au Burning man, c’est être à la maison, mais avec une famille de 60 000 personnes du monde entier. Un grand foyer international, où les peurs deviennent inutiles, et laissent leur place à l’Amour de l’autre, juste comme il est.

Quand on quitte le foyer, on se dit qu’on reviendra une autre année, pour le vivre encore mieux, encore plus pleinement.

Et on retourne dans son autre maison, la vraie, avec tous ces souvenirs en poche, pour essayer de la faire évoluer dans ce sens, gagner en liberté, et en simplicité.

 

(C’était l’été dernier, aux Etats Unis, nous étions deux, et cette dernière étape est racontée par Victoire. Le premier épisode ici )

 

 

Music, Burgers & Freedom #16 – Burning Man²