La fin de la traversée. On était partis de New York, de l’Océan atlantique; on arrive à San Francisco, à l’Océan Pacifique. Drôle d’impression. Difficile de se dire qu’on a fait plusieurs milliers de kilomètres, qu’on est si loin du point de départ. Et pourtant, en y repensant, les heures en voitures s’additionnent, les rencontres se multiplient, les souvenirs foisonnent. On se souvient aussi des bons repas, des moins bons; petite interlude culinaire, prise je ne sais plus quand, dans une station service.
Mais la Côte Ouest, donc. Les premiers à nous accueillir  passent leur temps dans l’eau, vont de vagues en vagues et se déplacent en bande. Pas les Beach Boys, pas loin. A ce stade-ci, nous ne sommes pas encore à San Francisco, mais sur la côte vers Monterey. Ici les phoques pullullent et se pavannent devant les palaces de la classe aisée californienne. On passe devant des propriétés gigantesques, des manoirs extravagants, des zones résidentielles gardées par des sentinelles et des barbelés. La Californie est de plus en plus confrontée  à un phénomène de divergence des revenus de ses citoyens; de plus en plus de gens gagnent de plus en plus d’argent, le coût de la vie augmente, et de plus en plus de gens modestes vivent dans la précarité. San Francisco en particulier est victime de ce phénomène, le centre ville et les quartiers autrefois populaires étant peu à peu occupés par des employés aisés travaillant dans la Silicon vallée. Symbole de cette gentrification, les bus Google amenant les employés du centre de San Francisco à leur lieu de travail suscitent parfois l’ire de manifestants hostiles.

Mais pour notre passage, pas de soucis majeur, si ce n’est le coût du manger, du boire et du dormir, effectivement bien supérieurs à ce que nous avions vu le mois passé. Normal, en même temps, nous sommes dans une des villes les plus visitées au monde.

Je vous épargne les photos du Golden Bridge, des rues qui montent et qui descendent et des tramways. Plutôt, découvrez une vidéo prise à un Open Mic au Riptide Café, dans un quartier brumeux de l’Ouest de San Franciso. Les habitués arrivent tôt pour marquer leur nom sur la liste, ceux qui ont eu les dernières places se retrouvent dehors pour patienter en jammant. Nouvelles discussions, nouvelles rencontres. C’est un des musiciens présent ce soir là qui, quand nous lui racontons notre épopée pour arriver jusque là, les opens mics, les concerts, ceux prévus et tous les autres,  nous dira “Ah mais en fait, vous êtes en tournée. Toi tu chantes, et toi tu es le roadie. Si si, ça compte!”.

Pourquoi pas, alors? Voici donc une vidéo du dernier concert de la première tournée DIY des USA de Victoire.

En fin de compte, cette discussion anodine restera comme la synthèse de ce que ce voyage était devenu. Partis de New York en quête de quelque chose, sans trop savoir quoi, en faisant de la musique et rencontrant des personnes. Un mélange entre planification et spontanéité permanente, un effort de vivre l’instant sans vraiment chercher à lui donner une utilité. Et se rendre compte qu’en fin de compte, si le sens des choses parait parfois flou sur le moment, il devient plus net avec la distance et le temps qui passe. C’est cette idée que faire les choses, ce n’est pas uniquement les planifier, ou uniquement les vivre; c’est un mélange des deux. Et comme on dit, “A journey of a thousand miles begins with a single step.”

(C’était l’été dernier, aux Etats Unis, nous étions deux, et cette étape est racontée par Henri. Le premier épisode ici )

 

Music, Burgers & Freedom #14 – San Francisco